Le G-string de Mathieu Bock-Côté

par Marc-André Cyr

Dans son dernier papier, c’est avec le courage, l’audace et l’originalité caractéristiques des gens de droite que Mathieu Bock-Côté s’en prend, encore une fois, aux musulmans. Maniant les habituelles formules attisant la peur et la haine, ce petit fils du chanoine Groulx affirme, fidèle à sa filiation idéologique, que

“[…] le voile n’est plus d’abord un symbole religieux, mais un symbole politique. Il représente une déclaration de non-appartenance à la société occidentale. Il ne faut pas y voir un symbole de foi individuelle, mais d’appartenance collective. Cette collectivité, ce n’est pas la société d’accueil. Est-ce acceptable ? [Journal de M…29 septembre].”

Cette manie qu’a la droite de mettre le feu à des épouvantails qu’elle a elle-même tricotés n’est pas nouvelle, elle est au cœur de sa technique de propagande. D’où vient cette information selon laquelle les femmes portent le voile par « conviction politique »? D’où vient cette idée que le voile est une « manifestation » de rejet de l’Occident? Certainement pas des femmes voilées, ni même de leurs maris, puisqu’on ne leur donne ici jamais la parole. Des islamistes radicaux? C’est probablement ce que le sociologue répondrait. Mais ces idées, avant tout, viennent plutôt du cerveau de notre bienveillante élite chauvine et réactionnaire. Car cette interminable polémique autour des « accommodements raisonnables », dans les faits, n’est qu’une discussion entre membres de l’élite occidentale, et personne d’autre. Les Musulmans ne nous ont rien demandé, ce sont les Occidentaux qui, dans un élan qui n’est pas sans rappeler l’antisémitisme des années trente, les stigmatisent et restreignent leur liberté.

Alors que les symboles religieux catholiques peuplent les lieux publics et que nos gouvernements font la guerre aux Musulmans depuis des décennies, il est plutôt difficile de démontrer qu’ils  sont une menace pour l’Occident. Les Arabes, tout comme la vaste majorité des « étrangers », se sont toujours montrés respectueux de la loi et de l’ordre de leurs pays d’accueil, et il faut être drôlement nostalgique de l’URSS pour voir dans les pays musulmans une menace à notre puissante civilisation occidentale. Partant de ce constat, la droite ne peut tirer ses arguments d’une observation empirique et générale des faits, elle s’appuie donc, comme le fait Bock-Côté, sur l’anecdote, seule manière pour elle de donner à son discours une apparence de cohérence. L’exercice est facile, il s’agit de trouver, parmi la masse de faits disponibles qui se présente à nous chaque jour, ceux qui confirment nos préjugés. Une fois ces faits sortis de leur contexte – qui est celui de la domination occidentale, de la chasse au terrorisme et de la stigmatisation des Musulmans – il n’y a qu’à
ajouter les qualificatifs en vogue, comme le fait Bock- Côté en utilisant des mots  comme « provocation », « mouvance islamiste », « ghettos », « obscurantisme », etc.

L’État canadien, comme nombre de ces alliés occidentaux, fait depuis des décennies la guerre aux musulmans. La droite l’a bien compris, et elle a depuis longtemps choisi son camp – celui du plus fort, évidemment. Seulement, comme elle est le plus souvent trop lâche pour assumer la position dominante qu’elle occupe dans ce conflit, elle se repli dans sa pathétique position de victime. C’est pour cette raison que, toujours
selon notre sociologue, le colonialisme d’Israël et son mur de sécurité de 700km ne constituent pas, contrairement aux « piscines non-mixtes », un « apartheid »; c’est pour cette raison qu’il défend bec et ongle notre héritage catholique tout en affirmant que le voile est en soi une « provocation »; c’est pour cette raison qu’il affirme que ce sont les musulmans eux-mêmes –  et non la société d’accueil – qui favorisent la « création de ghettos »; c’est pour cette raison qu’il dit que la mouvance islamiste désire « fragiliser les lois » alors que ce sont nos gouvernements qui contrôlent nombre de leurs parlements… Et c’est aussi, pour terminer, cette position qui amène Bock-Côté, toujours aussi sensible, à préférer le string – on se demande bien pourquoi – à la burqa.

2 Responses to “Le G-string de Mathieu Bock-Côté”

  1. A says :

    D’accord avec tout le texte, sauf la fin qui semble mettre le string et la burqa sur un meme pied d’égalité.

  2. Renaud says :

    «L’État canadien, comme nombre de ces alliés occidentaux, fait depuis des décennies la guerre aux musulmans.» Eh bien, pour les généralisations hâtives et démagogiques, c’est bien dit! On leur fait la guerre, mais en les laissant venir s’installer ici et construire des mosquées? (ce qui est tout à fait correct à mon sens)
    Votre exagération mine la crédibilité de l’argumentaire que vous présentez ici, selon mon humble opinion.

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